Samedi soir, soirée tapas à la coloc’ des princesses. 7
filles et 3 mecs. On avait tous passé une semaine épuisante : ceux qui
avaient pris des vacances devraient rattraper une (voire deux) semaines
d’absence (et autant de tonnes d’e-mails moisis à traiter en urgence) ;
ceux qui étaient restés bossé avaient dû enchaîner soirées trop arrosées et
effectif réduit au bureau.
Nombreux déploraient aussi des petits problèmes de foie
post-réveillons et l’accumulation disgracieuse de kilos sur les hanches (pas
moi : je suis une sylphide). En tout cas, merci le foie gras et le
chocolat : on a tous des boutons ! (et la charcuterie de samedi soir
n’arrangera rien).
Sinon, vous croyez qu’il finira un jour cet hiver ? La
vague de froid déferle sur la France, il neige (Soyons positifs : ça
devrait booster les ventes de séjours long-courrier cette semaine) et en plus
de faire face au froid, il faut faire avec le manque de lumière (il paraît que
les jours rallongent depuis 4 semaines… qu’est-ce que ça devait être fin décembre !)
Besoin de repos, de soleil, de sensations douces. En ce
moment, je donnerais tout pour marcher pieds-nus dans le sable, pour barboter
dans une eau tiédasse et sucer les branches de mes lunettes de soleil en
feuilletant un magazine de filles.
Bref, on était crevées et l’ambiance n’était pas au beau
fixe : on était en bottes et en gros pulls près du chauffage, j’ai le
cheveu plat, l’œil triste et la peau terne. Mes copines ont des cernes, Nico a
mal au dos, on est tous crevés.
La conversation a dévié sur le bilan de l’année 2012. Celle
qui rimait avec « loose ». Alors, quel(s) souvenir(s) allions-nous
retenir de cette année ?
Nico a parlé de ses trois mois de chômage et de la descente
aux enfers de Nancy en foot (là, j’ai baillé et je me suis dit qu’en plus
d’avoir un vilain teint, Nico avait parfois la conversation ennuyeuse).
Emilie évoquait la Syrie, le Mali, l’affaire Merah et
l’intolérance des ceux qui se déchaînent contre le mariage pour tous et qui
allaient défiler le lendemain. (Là, je me suis demandée où j’avais rangé ma
corde, comme ça, j’allais m’en servir pour pendre Frigide Barjot mais Hélène
était en train de préparer un pichet de mojito alors je suis allée l’aider
parce qu’elle ne le fait jamais assez sucré)
Chris disait qu’elle avait laissé passer l’amour de sa vie
et qu’elle ne retrouverait jamais un garçon aussi adorable. Chris est belle,
intelligente, drôle mais elle a beau être l’une de mes meilleures copines, je
dois reconnaître qu’elle est un peu moisie du cœur. Son amoureux du printemps
(un petit barbu aux yeux clairs) était vraiment adorable et en plus, fou
d’elle. Mais que voulez-vous ? Chris est vraiment une handicapée de
l’amour…
Alicia, qui bosse en agence de comm’ a fait un burn-out au
printemps. Elle n’a pas supporté les projets qui se télescopent, la pression
des clients, la réduction des effectifs et les charrettes. La pauvre chérie a
été arrêtée 3 mois et elle a du mal à reprendre confiance en elle. Elle cherche
un autre boulot. Maintenant que j’ai remis mon Nico au boulot, il faut que je
coache Alicia !
Bref, j’arrête de vous rapporter les lamentations. Vous
pensiez lire une chronique légère ? C’est raté… Je ne voudrais pas plomber
davantage l’ambiance mais ce qui m’a le plus marquée cette année, c’est les
faillites et les plans de licenciement.
Plus de 5000 suppressions de poste en 3 ans chez Air France,
vous le savez tous : on ne va pas en remettre une couche… Mais ils ne sont
pas seuls : Carlson supprime 193 postes en France, Amex 5400 dans le
monde... Et je ne voudrais pas limiter cet inventaire à notre seul secteur. On
peut comprendre que l’acier lorrain par exemple, soit en déclin (note : ne
plus passer Noël avec la famille de Nico à Nancy. Je ne compte pas devenir
experte de Florange), mais les boites de services, pourquoi se cassent-elles la
figure les unes après les autres ?
Surcouf par exemple. Qui n’a pas besoin d ‘un ordi, un
driver, un scanner, un disque dur externe ? Surcouf n’avait que 20 ans
mais faisait partie de ma vie : j’ai toujours connu cette enseigne. Baisse
du chiffre, fermeture de magasins, cessation de paiement en mars 2012. Pas de
repreneur. Fermeture des magasins le 10 novembre. Fermez le ban.
Et que dire des magasins Virgin ? Une marque reconnue,
des magasins dans des emplacements de choix, des prix accessibles. Cessation de
paiement le 3 janvier. Faillite le 9. Sur le carreau : 1000 salariés dont
de vrais passionnés des livres et de la musique, 26 magasins dont la plupart
dans des immeubles classés. Les baux vont être repris par Zara ? Que devient
la culture ?
La faute à qui ? Quand j’ai entendu l’annonce de la
faillite, j’ai lu des journaux, écouté les interviews des experts, traqué les
reportages à la télé, fait des recherches… Les explications sont
nombreuses :
La faute d’Amazon parce que tu peux trouver ce que tu veux
sur le site quand le stock est parfois limité dans les boutiques. Ou alors
parce qu’ils ont inventé le kindle qui tue le livre « papier » ?
Mouais… le livre numérique ne représenterait même pas de 2% des ventes en
France. (mais déjà 25% aux USA)
Amazon, leader du commerce en ligne, a des plates-formes
automatisées et a établi sa domiciliation fiscale au Luxembourg, ce qui lui
permet de payer peu d’impôt. Du coup, ses tarifs sont bas et pour garder leurs
clients, les petits détaillants doivent aligner leurs pris sur ceux d’Amazon, « au
prix d’une compression des marges synonyme de chute sans fin de la rentabilité »
(j’ai recopié une phrase de Libé)
La faute des grandes maisons de disques qui rémunèrent mal
les distributeurs ? Sans doute en partie…
La faute d’i-tunes qui a une technologie parfaite et qui
permet aux consommateurs de musique d’acheter en ligne pour moins d’un € un
titre quand un CD single coûte genre 5 € ; Bon… si apple vend la musique à
un prix si bas, c’est parce qu’il nous vend des iphones, ipods, ipads etc… à prix
d’or !
Dans Libé de mercredi, je lisais le témoignage d’une jeune
femme de 24 ans titulaire d’un master 2 « métiers du livre » ;
elle travaille dans un magasin Virgin pour 1000 € par mois. Elle disait « On
[va] se retrouver entre 300 et 400 libraires à chercher du travail en région
parisienne. Dans un secteur bouché, ça va être compliqué ». Elle disait
« espérer que la fermeture du Virgin profite aux petits libraires »
mais franchement, qui y croit ?
Les produits culturels s’achètent désormais sur internet
et non plus en boutiques. Je lisais l’interview d’un sociologue qui disait que
les fermetures des boutiques de proximité contribuaient à la désertification
des centres-villes et à la disparition du lien social.
Et la FNAC et ses 11 000 salariés en France,
serait-elle menacée ? Moins que Virgin parce que la FNAC a adopté une
vraie stratégie « click & mortar », qu’elle réalise 15% de son CA
France en ligne sur sa boutique virtuelle, « la première boutique FNAC de
France ». Et la FNAC comprend qu’elle doit se réinventer pour ne pas
mourir…
Bon. Si tu ne t’es pas encore suicidé(e), je t’invite à
faire un petit exercice : relis mon billet et remplace
« Virgin » par le nom d’un gros groupe touristique (n’importe lequel)
et les mots « petit détaillant » ou « libraire de
quartier » par le nom d’une petite agence indépendante à la place ;
remplace ensuite « livres », « disques » et « produits
culturels » par « voyages ».
Ensuite, transforme « Amazon » par « trip
advisor », « kindle » par « package dynamique en
ligne » et « livre papier » par « brochure ». Remplace
ensuite « grandes maisons de disques » par « gros TO présents
partout en Europe », remplace ensuite toutes les déclinaisons d’Apple
(i-tunes i-phones, i-pods, i-pads etc) par « Google, Google flights,
Google search, Google travel » etc…
Transforme aussi dans un contexte « tourisme » le
témoignage de la jeune femme titulaire d’un master 2 « métiers du
livre » (oui, c’est bien toi avec ton BTS tourisme). Inutile de changer
son salaire : le tien est à peu aussi faiblard.
Sèche tes larmes, donne-moi ton verre que je te serve un
mojito et débrouille toi pour aller bosser à la FNAC (celle qui se réinvente
pour ne pas mourir) tant qu’il est encore temps.