dimanche 15 juillet 2012

jeudi 5 juillet 2012

Low cost ou prestations haut de gamme ? Léa fait le grand écart


Si je devais définir Big-Boss en un mot, je choisirais « terrain » : il connaît tous les clients de l’agence et pourtant, il n’est jamais là… il passe sa journée « en clientèle ». A part que je vois bien qu’il n’arrive pas bien souvent à l’agence avant 16 heures, je ne comprends pas trop en quoi consistent toutes ses visites…

Ce que je sais, c’est qu’il bichonne nos clients, raconte sa life, fait parler des gens, assure la promo de l’agence et distribue ses cartes de visite. Sa phrase magique, c’est « que vous n’ayez pas d’idée ou que vous ayez un projet de voyage bien précis, appelez à l’agence : on vous fera ça aux petits oignons ».

En tout cas, c’est efficace, parce que quand il passe à l’agence en fin d’après-midi, il nous rapporte des demandes de devis griffonnées sur des nappes en papier ou des dos de cartes de visite. Ce business, il va vraiment le chercher avec ses petits bras musclés

Après, c’est à nous de concrétiser parce que Big-Boss a plein de qualités mais…

- il écrit comme un cochon et les notes qu’il nous rapporte sont illisibles (Jeff a des notions d’égyptologie mais il ne comprend pas les hiéroglyphes de Big-Boss)

- c’est le roi de la tchatche, ce qui est bien joli… mais il n’écoute qu’à moitié nos futurs clients… alors quand on les rappelle pour savoir ce qu’ils veulent, on doit tout recommencer à zéro. Parce que Big-Boss ne pose pas assez de questions.  

- il ne dit jamais non et c’est comme ça qu’on se retrouve le 4 juillet avec une demande toute simple comme « un petit hôtel de charme à moins de 2 heures de vol direct de Paris pour un départ dimanche, retour vendredi, à moins de 400 € par personne » (oui, aux petits oignons, on vous a dit…)

Bon… moi, je me mets à rêver que Big-Boss passe plus de temps à l’agence. Quand il est là toute la journée, (ça lui arrive de temps en temps…), il tripatouille son CRM… je vous ai déjà parlé de ce truc moisi qui est la mémoire de l’agence ! Toutes les demandes, tous les goûts, toutes les coordonnées des gens qui nous ont demandé un truc une fois sont dedans… et c’est très instructif :

Grâce au CRM, Big-Boss connaît tout de la vie de nos clients. Le CRM nous permet de maintenir la demande avec des mailings plus ou moins ciblés…  mais aussi de remarquer plein de trucs. En particulier que « même si le panier moyen n’a pas beaucoup évalué depuis 3 ans, l’écart type s’accroit avec régularité ». C’est pas que je suis vraiment inquiète pour l’écart type qui s’entend mais là, j’ai crié « qu’est-ce que c’est que cette chose ? ». Big-Boss est parti dans des explications tordues mais en gros, ça veut dire qu’on a de plus en plus de clients friqués et de plus en plus de clients qui cherchent du pas cher… et que le milieu, ça ne marche plus (Big-Boss devrait prévenir Bayrou de cette intéressante tendance…)

L’autre jour, pour la fameuse réunion du « bilan du premier semestre », Big-Boss nous a tous réunis à l’île de Ré… on devait faire du vélo et se baigner… mais il a plu tout le week-end, l’air était à 17°  et l’eau genre à 14°. Du coup, on a bossé non stop…

Emmitouflés dans des pulls en laine, on a réfléchi à ce qu’on pouvait faire pour que l’agence (qui stagne depuis deux ans) retrouve la croissance d’antan.

C’est bien beau d’avoir des idées pour imaginer le futur mais déjà… il faudrait comprendre comment marche le présent…  les demandes qu’on a en ce moment me laissent perplexe : j’avoue ne pas bien saisir les clients. La démo de Big-Boss (qui nous a prouvé par A+B que c’était encore plus compliqué que ce qu’on imaginait) ne m’a pas rassurée. Je vous explique…

Tout le mois de juin, il a ressorti des fiches clients de son CRM magique, il a passé des coups de fil, a torturé les clients pour savoir pourquoi on n’entendait plus parler d’eux… bref, il a essayé de comprendre ! Et ce dont on se rend compte, c’est qu’on perd des clients

Je ne parlerai même pas des clients qui disent que « ben non, depuis deux ans, on n’a pas voyagé parce que les temps sont durs » (on imagine mal que depuis 24 mois, les gens travaillent d’arrache-pied et prennent leurs vacances uniquement chez Mémé). Là, j’ai dit à Big-Boss d’aller les voir et de leur faire un procès pour mensonge éhonté s’ils sont bronzés…     

Mais Big-Boss a eu des remarques intéressantes :

« oh vous savez, on a juste fait des petits voyages tout simples, on n’allait pas vous embêter avec ça » (alors non Josette, ça ne m’embête pas du tout de te réserver en 5 minutes un truc que tu as choisi toute seule sur un catalogue moisi reçu par le TO en direct parce qu’on t’a vendu un package de chez eux il y a 3 ans et que quand tu as renvoyé le questionnaire de satisfaction, tu leur as donné ton adresse…)   

« on a réservé sur internet, c’est moins cher ». Alors là, Big-Boss passe deux heures à expliquer que non… tous les canaux ont les mêmes prix et que d’ailleurs… les clients peuvent ne pas se limiter aux pure-players mais faire un tour sur www.bigboss-voyages.fr « parce qu’on a tous à peu près les mêmes offres », que les clients peuvent regarder sans s’engager et ensuite réserver en ligne, en boutique ou au téléphone… ils auront en plus l’assurance de pouvoir nous joindre quand ils veulent et Léa, Sonia, Amandine ou Coralie seront leur unique interlocutrice bla bla bla… 

« oh ben maintenant, avec les low-cost, on se débrouille tous seuls ». Là aussi, Big-Boss monte sur ses grands chevaux, explique que les low-costs ne sont pas forcément moins chers, qu’avec la force d’achat de notre groupement, on a des super conditions avec tout le monde et que tiens, la prochaine fois… comparez ce que vous trouverez sur des compagnies low-costs avec ce que vous vous concocter mes collaboratrices (j’attendais le « aux petits oignons » mais ça n’est pas venu)

Après, Big-Boss nous a demandé de reprendre nos cahiers de suivi clients (eux aussi avaient fait le voyage jusqu’à l’île de Ré) et de noter sur des post-it pourquoi on avait perdu un dossier (post-it jaunes) ou comment on avait réussi à signer des dossiers (post-it de couleur).

Pas facile : Dingue le nombre de gens qui nous ont sorti des prétextes moisis pour me pas confirmer leurs dossiers. Mes trucs préférés, c’est les trucs dramatiques « non, on ne va pas pouvoir partir parce que… heu… ma belle-mère est en train de mourir » (oh, je suis désolée de ce que vous vivez, mais des vacances vous feraient du bien : rien de tel de se retrouver en couple pour vivre quelque chose de positif après une telle épreuve…)

Variantes :

- « je dois subir des examens médicaux ; je suis très fatigué en ce moment » (là, je propose une thalasso ou « un séjour plus tranquille pour ne pas vous fatiguer davantage : changer d’air vous ferait tellement de bien… »)

- « mes vacances ont été refusées » (là, je rappelle 15 jours après pour savoir si de nouvelles dates ont été acceptées et je me retiens d’appeler la DRH de la boite de mon client)     

Non… vraiment… pas facile de savoir pourquoi un client ne confirme pas… Parfois, les clients passent avec des offres de trucs « qu’ils ont vu sur internet ». On arrive en général à démonter le produit auprès du client et à confirmer… mais la plupart du temps, on ne sait pas pourquoi ça ne passe pas… et encore moins comment on fait pour que ça passe… c’est vrai que quand on me dit « vous aviez la meilleure proposition », je rosis un peu mais je ne demande pas à voir celles des autres agences… je devrais…    

En tout cas, avec nos post-it, on a ensuite analysé le pourquoi du comment en les repositionnant sur des paper boards  dans le salon de la maison de Big-Boss (avec vue sur le jardin pluvieux) comme si on faisait un puzzle. Ce qui est beaucoup revenu, c’est qu’on est très souvent positionnés sur des produits haut de gamme et que les gens veulent plutôt des trucs un peu simple mais pas cher. Quitte à sacrifier un peu la qualité pour ne pas dépasser un budget un peu serré...

Mais devons-nous vraiment communiquer sur des produits de base genre « séjours en club de 8J/7N » ou city break sans prestation additionnelle ? J’ai rappelé à Big-Boss que justement, on avait du mal à être compétitifs quand on proposait un truc aussi simple qu’un séjour club ou un city break. Parce que le client fait ses calculs tout seul…

On gagne bien notre vie sur des dossiers sur-mesure chiadés avec de belles prestations, pourquoi se battre sur des week-ends Europe à 250 € ? (on on va gagner au mieux 80 € pour un couple)

Coralie a bien résumé le truc : notre défi, c’est

- de prouver qu’on leur apporte une vraie solution de facilité : un coup de fil et on fait tout le boulot pour eux

- de rassurer les clients en prouvant que comme c’est notre métier, on va  plus vite qu’eux dans les recherches

- de les surprendre en leur proposant des vraies solutions pour agrémenter leurs séjours. (pour ça, même pour un city break, on propose les activités d’Expedia.fr : ça donne plein de bonnes idées pour habiller un programme et en plus, on touche une commission). Ça prend un peu de temps, mais ça augmente le panier moyen… et le client est content parce qu’on lui a mâché le travail.

Bref, on doit être capables de pondre des trucs chadiés sur des longs circuits (qui rapportent une marge indécente) et en même temps, de proposer des trucs simples, carrés, qui donnent envie et qui répondent aux envies des clients à des petits budgets… (et on vend ces trucs là en deux coups de cuiller à pot)

Et là, Sonia a grommelé « ouai, on doit faire le grand écart ». L’expression a beaucoup plu à Big Boss qui a dit « mais c’est exactement ça : répondre à chaque demande avec ce qu’attend le client ». Là, il a sauté partout, poussé des petits cris et nous a fait un schéma avec des feutres de toutes les couleurs pour nos expliquer qu’ « on doit être capables de faire de l’hyper personnalisé comme du low cost »

Et il a posé la question magique : « Allez, dites-moi ce que les clients aiment dans le low-cost ».

J’ai pensé à Nico : C’est frais, c’est facile, c’est flexible, c’est fun, c’est jeune, c’est rigolo et c’est pas cher…

Et là, on a débattu comme des fous. C’était très intéressant… Et Big-Boss est parti dans un délire lyrique : il veut segmenter : et donc séparer la clientèle haut de gamme de la clientèle friande de solutions low-cost.

On avait parlé l’an dernier de prendre un bureau dans l’immeuble au dessus de l’agence pour mettre la compta et les sociétés (on manque cruellement de place à l’agence) mais il veut aller plus loin : sa nouvelle idée, c’est d’ouvrir un deuxième point de vente.  

Notre agence historique deviendrait un espace premium avec atmosphère cozy, déco épuée, et on ne vendrait que des prestations un peu luxe (des séjours dans des beaux hôtels, des itinéraires à la carte, les voyages culturels de Jeff) en redéfinissant la promesse de personnalisation et de disponibilité de l’agence (on demanderait aux clients de prendre rendez-vous, on surveillerait notre langage, on ferait filtrer les appels par une espèce de standardiste etc… Bref, on bosserait dans du coton)

Notre nouveau point de vente « low cost » serait un truc très lumineux, fun, avec des vendeurs décontractés. On utiliserait au maximum les nouvelles technologies (avec incitation aux clients de faire leurs réservations sur le site internet de l’agence) mais avec toujours la promesse d’assistance de vendeurs qui seraient toujours dispo pour aider les clients avant, pendant et après le voyage « des trucs bien, pas chers, aux petits oignons mais avec moins de chi chi autour »    

Dans la rue de l’agence, il y a justement une boucherie qui va bientôt fermer. La reprise du bail coûte des clopinettes, il y a assez d’espace pour que Big-Boss et Isa y aient un bureau chacun et on peut aménager un beau comptoir avec 3 ou 4 positions de travail. 

Du coup, dans notre agence, on serait moins entassés, on pourrait aménager des bureaux individuels pour recevoir nos clients en toute confidentialité.

Bref, la clientèle friquée de l’agence serait incitée à dépenser encore plus dans un espace propice aux produits haut de gamme et la clientèle qui cherche des voyages « au meilleur rapport qualité prix » trouverait son bonheur dans le point de vente low cost où ils achèteraient des voyages en restant debout ou en utilisant le site web de l’agence.   

Si vraiment, la clientèle moyen de gamme disparaît et que les extrêmes se développent, l’agence Thomas Cook qui est en face de chez nous n’a qu’à bien se tenir… parce qu’on va tout récupérer… Mon Big-Boss est un génie. Il aurait dû proposer ses services au Modem ! 

Parce que si le marché du milieu n’existe plus, il aurait pu conseiller à Bayrou de se repositionner ou de jeter l’éponge ; ça lui aurait évité une taule aux élections présidentielles… 

jeudi 28 juin 2012

Les TO n'ont pas toujours tort...


Dans mon dernier post, je me suis légèrement emportée  contre les TO. Oh, à peine… vous savez que je suis une fille délicate et toute en nuances… et que ne je suis pas du genre à avoir des opinions tranchées…

Reconnaissez tout de même que les TO ont bien compris le principe de réduction des coûts. Grossièrement, disons que les TO ont transféré certaines tâches sur nous (les agences). Souvenez-vous : il y a quelques années, on appelait les TO (et chez Thalasso n°1, on pouvait parler par exemple à José, qui a une voix de velours…), désormais on réserve un dossier en trois clics (et si les TO ont investi dans ces développements informatiques coûteux, ils ne se sont pas gênés pour les amortir en vendant en direct en B2C sur internet avec le même type d’interface…)

Une fois le dossier réservé, on doit aller chercher tous seuls les factures des TO sur leur B2B (tu entres dans le truc, tu mets ton code agence, tu cliques sur « j’ai oublié mon mot de passe », tu le réinitialises, tu vas dans « dossiers confirmés », tu cherches ton dossier, tu imprimes). 

Certes, le TO a économisé des coûts d’impression et un timbre, mais toi… tu as perdu 10 minutes de ton temps. En même temps, comme il n’y a pas de client à l’agence, ça t’occupe…

Je parle de l’édition du carnet de voyage ? Avant, le TO nous envoyait un truc plus ou moins chiadé : un sac, un guide de voyage, des étiquettes bagage, des vouchers, des infos pratiques. Quand on donnait ça au client, on avait l’impression d’être le Père Noël. Désormais, tu reçois un mail (automatique, généré par le système de résa du TO) pour te dire que le carnet de ton client est « disponible dans le B2B », tu te connectes et tu imprimes les vouchers… si tu ne veux pas les glisser dans une enveloppe kraft, tu es priée de payer toi-même une pochette. 

Que tu vas mettre aux couleurs de ton agence, et non pas aux couleurs du TO. A cause de ça, les TO passent à côté d’une visibilité certaine… C’est peut-être un détail… mais c’est avec ce genre de décisions que les agences ont commencé à travailler en direct sans passer par les TO.

Bref. Mardi, dans mon dernier billet, je pestais contre les surcharges carburant et les augmentations dues aux devises. Un commercial de TO a réagi assez justement en écrivant « Pourquoi certaines agences nous prennent pour des vaches à lait ? Pourquoi travaillez-vous avec nos réceptifs en direct ? Pour avoir plus de marge, non ? En Allemagne, les agences paient pour avoir un éductour, pour avoir une vitrine de TO et commencent à 8% de commission… Elles rendent leurs surcom’ si elles n’atteignent pas leur objectif ». Et bien, au risque de vous surprendre, je suis partiellement d’accord avec lui.

Explication de texte :

On travaille avec « vos réceptifs » ? D’abord, « vos réceptifs » sont libres de bosser avec qui ils veulent. En général, les TO ont des contrats en direct avec les hôtels (donc ils squeezent leurs réceptifs comme il arrive aux agences de squeezer les TO pour travailler en direct) et bien souvent, quand ils ont une grosse production sur une destination, les TO ont leurs propres réceptifs « maison » qu’ils ont montés et qu’ils contrôlent... Ami TO, figure-toi que si on travaille en direct avec les réceptifs, c’est pas (seulement) parce qu’on est vénales. C’est surtout parce qu’on a des réponses plus rapides en travaillant directement avec eux qu’avec les TO. 

Quand on demande un truc aux TO, on nous répond bien souvent « c’est en demande ». En demande auprès de qui ? Des réceptifs… ben on est assez grands pour leur demander tout seuls… Et figure toi que contrairement aux TO, les réceptifs sont le plus souvent très transparents, font des contre-propositions très pertinentes et quand on a des questions, on obtient des réponses précises et immédiates. Moi, je suis même en relation par chat avec mes réceptifs préférés. Parfois, on a des réponses en 2 minutes.

Certes, pour bosser en direct avec les réceptifs, on doit être agiles, capables de monter un programme sur mesure, bidouiller simultanément sur Amadeus, internet, MSN et excel tout en regardant  le client dans les yeux. Outre faire des calculs alambiqués (avec vérification des taux de change et de marge), on va avoir du boulot de back-office, faire des paiements en devises… bref, prendre du temps et un peu de risque. Et si on marge plus les dossiers montés sur-mesure que ceux packagés par les TO, c’est parce que ça nous prend du temps. Et le temps, c’est de l’argent. N’empêche que si on dit à un client « c’est en demande », on le perd. Et mon boulot, c’est de faire en sorte qu’il signe. Alors je me débrouille comme je peux…

Les éductours : je me suis retrouvée bien des fois en éductours avec des comptables ou des patrons d’agence qui n’ont pas vu un client depuis l’âge de glace. Faire payer les éductours aux « profiteurs » ? Je trouverais ça parfaitement normal. On signerait une espèce de contrat et on s’engagerait à faire un chiffre d’affaires de X € dans les 12 ou 18 mois qui suivent le voyage. Si l’agence réalise l’objectif, elle est remboursée du prix du voyage d’étude. Si elle ne le réalise pas, elle paye. 

Du coup, pour atteindre ce chiffre, les patrons enverraient en éductour des gens qui vendent… parce que ça n’est pas leur femme ou leur comptable qui serait parti en éductour à la place d’un vendeur méritant qui pourrait faire du chiffre… Je sais que je vais faire bondir bien des agences, mais franchement… si les TO invitent « toujours les mêmes », c’est parce qu’ils savent qu’ils peuvent compter avec ces points de vente sur un retour sur investissement.

Les taux de commission trop importants : il est clair que c’est à cause de ça que les TO essaient de trouver des débouchés autres que ceux que nous (les agences traditionnelles) leur apportons. On touche en gros 12% de commission sur une vente de produit TO. Mais le TO va en plus payer 1 ou 2% pour la centrale de paiement du réseau, un incentive sur la progression du CA du réseau, des fonds marketing (dont personne ne sait exactement comment ils sont utilisés…) et en plus, il va falloir passer des mois à négocier le contrat avec ton réseau. Qui va réclamer des éductours, expliquer qu’il va falloir que le TO fasse « vivre le partenariat » en remettant la main au pot (mailings internes payants, sponsoring de soirées, visibilité vitrine, et j’en passe et des pires). Alors forcément, le TO fait son calcul : ça va lui coûter genre 20%... et franchement, à côté, donner 5 ou 10% de réduc’ à un CE… j’avoue que parfois, je le comprends…

Alors, pour être concrète, je propose les solutions suivantes pour assainir les relations tendues entre agences et TO :

- les têtes réseaux arrêtent de presser les TO comme des citrons. Commission de base aux agences de 8 ou 10%. Plus le financement de la centrale de paiement. Les réseaux proposent des outils d’animation facultatifs (sponsoring de soirées, participation aux conventions). Les TO seraient libres de participer (ou pas…)

- les TO récompensent les agences qui vendent bien. Au lieu d’accorder 12,13 voire plus à tous les points de vente d’un réseau sur tous les produits et sur toutes les saisons, ils innovent et proposent des grilles de rémunération « motivantes ». L’agence fait plus de X milliers d’€ de CA ? Sa commission de base augmente. Elle vend des tonnes de dossiers en basse saison ? Bonus. Bref, le TO rémunère l’agence en fonction du business qu’elle apporte. En revanche, l’agence qui vend le TO 3 fois dans l’année (départs les 18 juillet, 2 août et 21 décembre) n’aura que 8% de commission. Et rien de plus…

- au risque de passer pour une folle suicidaire, je suggère aussi la brochure payante. Avec un prix dessus. Un prix assez symbolique (3 ou 5 € par exemple, pour que le client papivore réfléchisse à deux fois) et remboursable à la commande. Ça réveille mon côté écolo (moins d’impressions = moins de trous dans la couche d’ozone) mais surtout, je me dis que Logimail arrêterait peut-être de m’envoyer des tonnes de brochures inutiles que je n’ai jamais sollicitées. Après, le TO peut décider de distribuer un (petit) stock de brochures gratuites en fonction de son potentiel ou des ventes réalisées par chaque agence la saison précédente… 

L’agence peut décider de vendre les brochures (je sais… on va avoir des gestions de caisses tordues…) ou de les offrir aux clients qu’elles « sentent bien ». Mais rappelons que donner une brochure au client, c’est le laisser « regarder tranquillement à la maison ». Or, ce qu’on veut en agences, c’est faire une vente. Et pour ça, il vaut mieux être rapide et persuasif. L’idéal, c’est de pouvoir imprimer 4 pages de brochure de TO (en intégrant les coordonnées de l’agence sur chaque page…) et d’avoir le prix du jour sur internet…  Certains TO font ça très bien (si si… je vous assure…)

- la mise en place du carnet de voyage « à la carte » : la solution basique (et gratuite), c’est les vouchers par mail. La solution premium (et payante), c’est un carnet étoffé. L’agence choisit. 
Bien entendu, avec ces solutions, les TO feraient plein d’économies (moins de commissions, moins de frais d’impression et de diffusion de brochures) et pourront réajuster leurs prix à la baisse.
J’ai peut-être l’air naïf et je donne sans doute l’impression d’être à la fois stupide et idéaliste, mais je voudrais quand même relever quelques initiatives intéressantes de certains TO :  

- Thalasso n°1 qui inclut toujours dans ses éductours de vraies séances de formation et des soins dans des centres de thalassothérapie (c’est quand même plus simple de vivre ce qu’on vend…)

- Asia qui envisage de franchiser des agences expertes sur l’Asie. Les agences en question pourraient ainsi arborer en vitrine une marque forte. Et Asia aurait des débouchés… Ce qui serait intéressant, c’est de se demander pourquoi Asia privilégie cette solution plutôt que de développer son réseau en propre (qui existe déjà puisqu’Asia a 2 boutiques à Paris et d’autres à Lyon, Marseille, Nice et Toulouse). Peut-être que ces boutiques maison ne sont pas si rentables que ça… (tiens ? les agences servent donc à quelque chose ?)

- Euram qui n’a pas de brochure et qui a beaucoup misé sur l’informatique. Certes, ce TO est « limité » aux autotours sur un petit nombre de destinations. Mais quand tu as créé tes itinéraires types, tu peux les ajuster à la demande de ton client et lui donner un itinéraire précis avec carte détaillée « aux couleurs de ton agence » avec un prix fixe. C’est clair que lorsque ton client va aller dans l’agence d’à côté avec ton devis, ton concurrent ne peut pas dire « je vous fais 5% » puisqu’il ne sait pas à quel TO racheter le même programme. Et comme Euram achète ses dollars au fur et à mesure des ventes, tu sais que tu ne seras pas réajusté.  

Bref, grâce à ces actions et méthodes concrètes, l’agent de voyage pourrait se concentrer sur son conseil, ses clients, sans avoir peur de la concurrence déloyale des mercenaires qui font des « réductions ». On serait tous des vrais concepteurs de voyages et pas des distributeurs de brochures gratuites qui enregistrent des commandes. Du coup, notre métier reprendrait tout son sens… accessoirement, nos patrons gagneraient plus de commissions et nous paieraient davantage que le salaire minimum conventionnel. (je disais il y a quelques lignes, que j’étais naïve…)  

mercredi 20 juin 2012

Les TO veulent nous tuer


Bon, les filles (et les gars…), cette fois ci, on ne rigole plus. On doit arrêter de se mentir : l’heure est grave.

On commence à parler sérieusement de downsizing, de repli, de menace sur l’emploi et même de plans sociaux…

Air France a dégainé ce jeudi : plus de 5000 postes seront supprimés en 2012 et 2013. On recompte ? 5122 très exactement… logique puisque la flotte va être réduite et qu’on demande au staff de faire plus d’heures. J’ai beau être assez peu matheuse… moins d’avions, davantage d’heures de travail par salarié : Air France n’a plus besoin de tout le monde…

De toute façon, ça sent le roussi un peu partout chez les transporteurs aériens : comme presque tous les autres stewards et hôtesses embauchés par Easyjet en janvier 2012 à la base de CDG, le CDD de mon Nico ne sera pas renouvelé. Easyjet a vu trop grand lors de ses derniers recrutements et il n’y a pas assez de boulot pour tout le monde. Bref, mon Nico sera au chômage dans 3 semaines.

A Orly, la compagnie orange propose à certains quelques « deuxièmes CDD » pour passer l’été, mais d’après la rumeur publique, il semble que personne ne soit transformé en CDI ce mois ci. Pas très rassurant…  Cette semaine, Easyjet a aussi annoncé la réduction de sa capacité au départ des aéroports espagnols de 7%. Au départ de Madrid, c’est moins 20%. 

Le staff sera déployé sur d’autres bases. Ah oui ? à Budapest peut-être… mais pas à Paris.  
Chez les TO, ça commence à trembler… FRAM annoncerait plus de 300 licenciements, Thomas Cook flippe en attendant un éventuel acheteur, TUI dégraisse, chez Go Voyages, c’est « sauve qui peut » et partout, chacun regarde avec inquiétude les courbes de vente déprimantes. Mes indic’ chez les TO me  disent que dans les services transports, on est tendus et qu’on étudie les possibilités d’annulations de chaines, de régulation et de doubles touchers. Même en dernière minute.  

On peut parler des « surcharges fuel » ? Comment, dans nos petites agences, on explique au client que « pour tout départ sur les Baléares en charter [pardon, en vol spécial, ça fait moins vulgaire…], nous sommes contraints de répercuter l’augmentation du coût du carburant en réajustant les prix des forfaits de 8 € par pax » ?

Prenez une calculette.

On gagne genre 80 € par pax sur les dossiers achetés aux TO. OK, c’est presque rien… mais les temps sont durs alors on ne va pas faire la fine bouche.

Le TO nous réclame 8 € par pax. Chez Big Boss Voyages, le dossier moyen, c’est 2,4 pax. On va donc payer 19,2 € de supplément. On a payé, on doit réajuster le client…

Combien ça nous coûterait ? entre le temps de rédaction du courrier (« le temps, c’est de l’argent », comme dit ma grand-mère), le coût d’affranchissement (4,38 € le R1), le temps d’explication au client (« comment ça, l’augmentation du prix du pétrole ? à la pompe, il baisse… vous vous moquez de moi ? »), le stress d’annoncer au client un truc qu’il ne va pas aimer (« comment ça, les petites lignes du contrat ? »), le temps de dévalider la facture et d’en refaire une… franchement, est-ce que ça vaut 19,2 € ? 

Pour moi, la réponse est « non ». On s’assoit dessus. Et Isa râle parce qu’elle a déjà enregistré la facture, qu’elle doit passer un avoir et une nouvelle facture. Comme les pièces comptables sont « dématérialisées »,  on doit en plus les imprimer nous-mêmes (« Isa’, faut remettre de l’encre. J’ai essayé de changer la cartouche mais j’ai juste réussi à faire tomber la poudre»), comme les carnets de voyages…  

Bon. Les surcharges fuel, on fait avec… mais il y a un truc plus grave : les hausses devises. ça… c’est du sérieux !

« le cours de l'€ ayant fortement chuté par rapport au cours de la majeur partie des devises utilisées pour le calcul de nos prix, nous sommes dans l'obligation de réviser nos prix (...) Les prix qui figurent dans nos brochures en cours de validité ont été établis sur la base des devises au 1er septembre 2011. [à cette date], l'€ s'échangeait à 1.44 USD » blablabla…

C’est vrai qu’en passant de 1 € = 1,44 $ et 1 € = 1,24 $, la valeur de l’euro par rapport au dollar US s’est dégradée de 14%. Quand tu marges à 20%, c’est facile à calculer… tu achètes un truc à 1000 $ sur une base de change à 1,44, tu penses l’acheter à 695 € donc tu le vends à 695/0,8 = 869 €… et si tu le payes sur une base de change à 1,24, tu l’achètes en fait à 806 €. Donc, tu n’as gagné que 63 €. Et j’ai beau refaire le calcul 12 fois, 63 / 869, ça fait 7%. Et ben, franchement, on peut se demander pourquoi on se lève le matin…

Maintenant, prends une calculette et refais les calculs… si tu as margé à 14%, tu n’as rien gagné. Si si… je t’assure ! calcule encore. Et arrêt de regarder cette corde qui te tend les bras…

Bon… si tu as une comptable comme notre Isa, il n’y a pas de problème : elle achète ses dollars à l’avance en fonction des ventes de l’agence. Donc, le dossier vendu quand l’euro valait 1,44 $, elle le paye à 1,44. Et ta marge n’est pas dégradée… ça s’appelle la « couverture change ». Si Isa y arrive, je ne comprends pas comment les gros TO (qui payent des fortunes des directeurs financiers) n’y arrivent pas.

Je vous donne un autre exemple de la mauvaise foi des TO ? Le taux de commission réduit sur les promos. Un truc magique. Le TO publie un prix (au hasard, une semaine en club all inclusive) à 699 €. Tu gagnes 14% là dessus. Reprends ta calculette (je ne t’avais pas dit que tu pouvais la ranger…) 699 x 14% = 98 € par personne (j’arrondis pour faire simple). Le TO encaisse donc 601 €.

Imagine maintenant que le TO fait une promo à 649 €. Tu ne gagnes plus que 10% (si… regarde les petites lignes de ton contrat : sur les promo, tu ne gagnes que 10%). Le TO va encaisser 649 – 10% = 584 €. Tu as bien lu : le TO encaisse 17 € de moins (sur 601 €… soit une baisse de revenu de 3%) et toi, tu gagnes 65 € au lieu de 98 €, soit une baisse de 33% de ta commission.

Franchement, je serais TO, et je voudrais te tuer, je ne procéderais pas autrement…   


mercredi 6 juin 2012

C'est pas encore Noël, mais ça sent le sapin...

Bon… mon dernier post commençait par « pour pas mal de boites de tourisme (et en particulier les plus grosses), en ce moment, ça sent un peu le sapin… ».

Je dois bien vous dire que je flippe grave ma race deviens assez pessimiste. Pour les grosses machines, la messe est dite : c’est « sauve qui peut ». Pour les petits, c’est le plus souvent « comment on va faire pour survivre ? »

Soyons sérieux et résumons ce qui se passe en ce moment chez nos confrères et partenaires… Etat des lieux :

Thomas Cook France est à vendre. La France, le Canada et la Russie sont les trois pays les plus moisis qui coûtent le plus d’argent au groupe et plutôt que de s’acharner à redresser la filiale française, les actionnaires aimeraient se débarrasser du boulet. Mais regardons les choses en face : la vente ne se fera pas : Thomas Cook a déjà prévenu « on ne bradera pas », alors franchement, qui va dépenser des millions pour investir sur cette chose pourrie grosse machine ? Thomas Cook France n’a plus aucune personnalité. Des esprits naïfs ont cru quelques mois que la « gentille » Rachel Picard allait sauver l’image de marque de Thomas Cook et redresser la barre après le management autoritaire du « méchant » Denis Wathier (esprit d’acier, main de fer dans un gant de plomb et regard dur). Que nenni ! La belle a jeté l’éponge et a réintégré la tranquille SNCF à la tête d’une filiale (là, au moins, elle ne risque pas d’ulcère)

J’ai un peu de mal à suivre (et ça ne m’intéresse pas beaucoup, de toute façon…) mais il semble que le top management de Thomas Cook ait des velléités de vacances… comme on les comprend ! Surtout si il y a des gros chèques à la clé… (le coup de l’indemnité de départ pour les incapables, ça m’a toujours fait bondir…)

Il est évident que personne n’a les moyens ni l’envie de reprendre tout le groupe Thomas Cook. Au sein de la nébuleuse, qui pourrait bien être racheté ? Peut-être Aquatour qui a une bonne image de marque, me disent les copines du Nord de la France. Jet Tours ? A part les agences « maison », plus personne ne veut en attendre parler… alors sans le réseau intégré et franchisé, qui va assurer des débouchés au TO ? Des distributeurs pourraient à la rigueur vouloir racheter les meilleurs des 700 points de vente dans certains coins de France… pour leur faire changer une nouvelle fois de couleur ! Quand je pense que les clients de l’agence Thomas Cook en face de chez Big Boss Voyages se demandent encore « mais elle n’existe plus l‘agence Havas ? », ça promet… Bref, je n’aimerais pas être franchisé TC en ce moment…

En face de Thomas Cook, on a comme d’habitude… TUI ! Je ne voudrais pas avoir l’air de tirer des conclusions hâtives, mais elles se ressemblent quand même pas mal, ces deux boites ! On ne tire pas sur une ambulance et je serai brève : le 7ème plan social de TUI France est en cours et vu les indemnités proposées, il faudrait être fou pour vouloir rester ! (30% de l’effectif est poussé au départ, quand même…) Quand je pense que NF était LA référence du voyage du temps pas si lointain de mes parents ! Jacques Maillot a bien fait de vendre ! Chez Marmara, on se compte… chez Tourinter, on se demande ce qu’on fait dans cette galère… Quelqu’un se souvient que TUI, c’est aussi un TO qui revend au réseau de distribution ? Ah ben on l’avait oublié celui-là tellement son positionnement a toujours été approximatif !

Souhaitons une belle nouvelle vie à Blue Lagoon, la filiale « plongée » de Marmara reprise par l’un de ses salariés. Il a de la chance de trouver une chaloupe avant de quitter le navire (j’espère qu’il a de beaux bras pour s’en éloigner rapidement parce que la vague de fond est cosatud)

On parle d’Air France ? OK mais rapido… mise à niveau du produit long-courrier (il était temps), développement de l’activité de Transavia (dont la flotte va passer de 8 à au moins 20 avions), regroupement des filiales régionales dont la flotte va être réduite de 25% et (rions un peu…), on transforme des bouts d’avion en sièges low-cost avec bagages et catering payants. Cette séparation en petites entités est peut-être jolie sur le papier, mais comment le consommateur va-t-il avoir des repères ?

Les autres compagnies françaises ? Air Austral est au bord du gouffre et ferme ses lignes de Province (le seul atout de différenciation) et Air Caraïbes signe un accord de code-share improbable avec Corsair.

Qui va payer ? Les salariés ! Les charrettes vont être bien remplies mais il va falloir que la plupart de ces gens pensent sérieusement à une reconversion dans un autre type de job. D’après tous mes copains, c’est le grand désert dans les agences depuis 2 mois. Chez Big-Boss Voyages, c’est la cata : -11% en avril et -8% en mai. Partout, on coupe, on supprime, on se restructure mais on est tous confrontés au même problème : où sont les clients ? Chez eux. Ils attendent…

Mais ils attendent quoi ? Partout, on dit que les vacances sont un besoin essentiel, presque vital. Vous avez vu les gens dans la rue combien ils ont l’air triste ? On doit leur proposer des vacances, c’est une mesure de santé publique !

Chez Big-Boss Voyages, on remuer ciel et terre pour pousser les clients au départ… on utilise toutes les solutions marketing de bon sens pour les attirer chez nous…

Et que je te fais une journée portes-ouvertes avec des offices de tourisme, et que je te balance par e-mailing ou en mailing papier des propositions ciblées, et que je te mets en valeur notre expertise-produit (là, je fais un gros push sur la croisière parce que depuis que je suis allée visiter le Divina d’MSC la semaine dernière, je peux donner mille détails…), et que je relaie les initiatives des TO (Big-Boss est allé en Tunisie avec des bons clients grâce à FRAM) et que je surfe dessus (du coup, hop… une soirée Tunisie à l’agence avec les clients en question pour booster la destination…). A force de secouer le marché, il bouge un peu…

Mais je m’inquiète : l’euro se dégrade chaque jour un peu plus par rapport au dollar (je me prépare psychologiquement à appeler les rares clients qu’on a pour l’été pour leur annoncer des hausses devises), les affréteurs régulent, les prestataires sont fragiles et peuvent se planter du jour au lendemain (depuis que la presse grand public annonce les plans sociaux chez les TO, les clients nous demandent d’un air apitoyé « ça va vous ? »)

Bref, ça sent le sapin…


vendredi 18 mai 2012

plutôt une petite (entreprise) agile qu'une grande toute molle...

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais pour pas mal de boites de tourisme (et en particulier les plus grosses), en ce moment, ça sent un peu le sapin… crise financière, bulle immobilière gonflée à bloc, moral des ménages en berne, pouvoir d’achat mis à mal… c’est carrément impossible un poil compliqué de faire des affaires. Et à cause des 4 jours fériés du mois de mai (et autant de ponts), on n’a que 23 jours ouvrés en mai 2012 contre 26 en mai 2011. Ça ne va pas être facile de faire le même chiffre ! au moins dans les agences physiques…

Lors de la campagne présidentielle de 2007 (parfois, mes références et ma capacité à ne pas voir le temps passer me surprennent…), Ségolène Royal s’était approprié le terme « agilité du travail » pour l’opposer à la « flexibilité du travail » défendue par son adversaire. Traduction : être flexible, c’est se plier/casser et faire des efforts ; être agile, c’est sautiller dans tous les sens comme une danseuse de zumba sous exctasy. Vous voyez le tableau ou vous avez besoin d’un dessin ? C’est dynamique, énergique et ça ne fait pas mal.

Et là, vous vous dites « Léa s’aventure sur un terrain glissant ». OK… je crois qu’on en a tous ras le bol de la politique et de la campagne que nous venons de vivre.

Revenons à nos moutons. Chaque fois qu’il y a une crise, une entreprise est condamnée à s’adapter. Et plus l’entreprise attend, plus elle se met en danger… elles fonctionnent comment, les boites de tourisme, aujourd’hui ?

Les plus petites sont agiles… Je vous l’expliquais dans mon dernier post : pendant que Coralie va partir couver Alien 2, on va jouer aux chaises musicales : Big-Boss reprend les groupes à la place d’Isa, parce qu’elle passe aux sociétés pour palier le fait que Sonia renforce le tourisme… pour remplacer Coralie ! On est petits, on est « agiles » comme le disait l’ex de notre nouveau président.

Et pendant ce temps là, que se passe-t-il chez les plus gros ? On se tirlipote :

Chez TUI France, le comité d’entreprise et l’intersyndicale « remettent en question le bien fondé du plan social ». Ah ouai, quand même ! Depuis que je travaille dans le secteur, j’ai l’impression que cette boite enchaine les restructurations, les réorganisations et les plans sociaux. Visiblement, les précédentes évolutions n’ont servi à rien puisque chaque réorg’ est immédiatement suivie d’une nouvelle. Et Jean-Marc Siano (gueule carrée, épaules larges, sourire éclatant), autrefois porté aux nues, est désormais soupçonné d’avoir réussi à maquiller les comptes pour faire croire que la situation s’améliorait alors qu’en fait, elle se dégradait aussi vite que la cote de la Grèce selon les agences de notation…

Et chez Thomas Cook ? Quelqu’un y comprend quelque chose ? Denis Wathier (yeux bleu acier, moue boudeuse, humeur de dogue) a été sacrifié sur l’autel de la rentabilité car il était responsable de tous les maux de l’entreprise (l’actionnaire n’avait sans doute pas entendu parler du printemps arabe). Pour le remplacer, on élève Rachel Picard, sa fille spirituelle (mais adorée de tous) au rang d’égérie miraculeuse. Six mois après, elle disparaît. Thomas Cook plc trouve en effet que sa filiale française sous-performe... Même Big Boss et son coach n’osent pas employer ce terme moisi.

Je continue ? Allez, je n’évoquerai pas la moribonde Air France(on ne tire pas sur une ambulance) mais plutôt la compagnie modèle européenne : Lufthansa. Figurez-vous que la compagnie envisage de sous-traiter l’emploi des PNC. Je traduis : les hôtesses et stewards de Lufthansa seraient bientôt employés par « une boite extérieure ». Bêtement, je pensais que l’humain devait être au cœur de la stratégie d’une boite de service. Je dois vraiment être une petite blonde stupide pour croire des trucs aussi sots.

Et chez Easyjet (que je connais un peu de l’intérieur, si vous voyez ce que je veux dire…), on a ouvert une base à Toulouse (et on y a basé des avions) et décidé de… ne pas y baser d’équipage ! Du coup, les PNC de la base de CDG dorment sans arrêt à Toulouse pour assurer les vols au départ de la nouvelle base. (rien qu’en avril, mon Nico a passé 7 nuits à Toulouse, mettant ainsi en péril l’harmonie de notre couple l’équilibre financier de la compagnie). Pas de problème d’effectif cependant pour assurer les vols de CDG : les équipages ont été tellement surdimensionnés que depuis des mois, ils ont davantage de jours de stand by que de jours de vol.

Bref, c’est juste du grand n’importe quoi ? ou ces organisations sont en fait le fruit de stratégies brillantes que je ne suis pas capable de comprendre?

Je ne suis peut-être qu’une petite cadre inférieure blonde et stupide, mais je m’insurge vraiment contre ces bâtards de dirigeants cupides qui ne sont pas capables de mettre en place des organisations, des méthodes de gestion et des systèmes de reporting pour maintenir le cap de leurs boites.

Mon Big-Boss (qui a ses défauts, hein… le premier d’entre-eux étant de ne pas avoir le regard de Denis Wathier…) sait où va son bateau. En bon capitaine, il regarde au loin son cap, évite les écueils et communique avec son équipage… et si je file la métaphore marine, c’est parce qu’au milieu de la tempête, notre petit bateau flotte bien…

Oui, Big-Boss est agile. Il sait exploiter les compétences de chacun, animer sa team et travailler tous les marchés : l’agence est généraliste mais spécialiste du Maroc, elle est à dominante « tourisme individuel sur-mesure » mais on traite des sociétés, du groupe constitué et des GIR culturels, c‘est une agence physique mais les ventes web ne sont quand même pas négligeables, on traite plutôt du « haut de gamme » mais Big-Boss nous a proposé de penser au développement d’un segment « low cost ».

Parce que oui, Big Boss sait exploiter impliquer son personnel (Isa, le schtroumpf à lunettes et les petites du comptoir). Pour développer le segment « low cost », Big-Boss n’a pas mandaté de consultant en stratégie expert en rétro plannings et en présentations powerpoint. Il a senti une tendance, en a parlé à sa team, nous a écoutés (l’ex du nouveau appelait ça la « démocratie participative » dans la campagne de 2007). Un week-end du mois de juin (la date reste à définir), on va brainstormer comme des malades à l’île de Ré, le fief de Big-Boss. Entre une balade à vélo et une dégustation d’huitres, on va penser « évolution de l’agence ». Pour la rendre agile…

Et si j’étais à la tête d’une grosse machine pataude, je m’inquièterais de la concurrence discrète et efficace de ses petites boites créatives… mais je dis ça, je ne dis rien…



jeudi 19 avril 2012

Coralie a encore un polichinelle dans le tiroir

Elle avait l’air vraiment moisie crevée… J’avais mis ça sur le compte de l’hiver qui n’en finit pas, de la longue bronchite de son horreur de petit Melvil, des clients relous qui ne savent pas ce qu’ils veulent, du temps passé dans les transports depuis qu’elle a déménagé à dache-en-banlieue si loin… et puis, il y a trois semaines, comme je ne suis pas si cruche, quand même... j’ai compris.

C’était un samedi. Coralie et moi étions toutes les deux punies de permanence. Comme je m’étais levée tard, je n’avais pas pu prendre un vrai brunch avant d’aller travailler : à peine le temps de me caféiner, de prendre un croissant et un peu de vitamine C. Pendant que je sautais sous la douche, Nico m’avait préparé un petit panier « sushis, smoothie, chocolat, pomme » pour que je tienne le coup jusqu’au soir. Je suis arrivée ce jour là à l’agence, en retard, haletante et les cheveux fous.

Je ne rentre pas dans les détails de la matinée car je suis une fille de peu de mots... 15 heures. Fringale. Je m’isole 5 minutes dans notre micro-cuisine pour aller avaler mes sushis, en remerciant le ciel de m’avoir fait rencontrer un garçon aussi prévenant que mon Nico.

« - je t’en ai gardé deux
- non, merci, c’est gentil, mais je n’ai pas très envie».

Je connais Coralie depuis 4 ans. C’est la première fois que je la vois refuser des sushis. J’ai mobilisé mon neurone et je me suis concentrée. L’air fatigué, le teint blême, le cheveu pauvre, le refus de manger des sushis… je crois bien que j’ai compris !

J’en ai eu le cœur net à la fermeture. Le chéri de Coralie devait passer la prendre vers 19h et on n’avait pas du tout envie de rester à l’agence après 18h alors que l’après-midi avait été chiant comme chaque samedi à l'agence tranquille et qu’on n’avait pas de retard dans nos cotations.

« viens, on va boire un verre en face en attendant ton chéri ». On s’installe et je commande comme d’hab’ deux mojitos (le week-end, on a le droit de boire tôt…) « non, non » corrige Coralie « je vais prendre un thé citron ».
 
Raide comme la justice, je l’ai regardée dans les yeux, façon « tu m’as trahie ». Là, le rose lui est monté aux joues et a elle ajouté, complètement paniquée d'êtr obligée de me l'annoncer un peu embarrassée « ben quoi, j’ai froid… ».

Ben voyons. Tu dédaignes mes sushis, tu as froid dans ce bar surchauffé et maintenant, tu refuses un cocktail. Tu me prends vraiment pour une idiote ?

Elle est passée de rose à rouge. Son visage s’est ensuite éclairé pendant que le mien se décomposait. J’avais vu juste : Coralie a à nouveau un polichinelle dans le tiroir. D’après les savants calculs de son médecin, la date de conception de celui que nous appellerons désormais Alien II le futur bébé (en attendant qu'elle lui donne un nom aussi improbable que Melvil), c’est le 22 janvier. Et là, Coralie a pouffé « le dernier jour de l’année du lapin ».

Alors… je trouve que les enfants c’est adorable (de 2 à 6 ans… avant, ça ne sert à rien et près, ça devient tout de suite des espèces de pré-ado débiles), il faudra bien que quelqu’un paye ma retraite, mais de là à se reproduire comme des lapins, ça va bien…

J’ai compté sur mes doigts. Terme le 22 octobre, congés mat’ du 1er septembre à mi-janvier… juste l’horreur. Coralie ne vendra pas les vacances de la Toussaint, Noël et les mois de janvier/février/mars… presque les mois les plus importants sur l’Asie, les Caraïbes et l’Océan Indien, les destinations où Coralie excelle.

Je devrais me réjouir de la maternité de ma collègue, je réagis en cadrette-manageuse… j’ose l’avouer même si je suis jeune et féministe : les congés mat’, c’est dur à gérer pour l’équilibre d’une équipe… mais j’ai eu ma petite larme… les bébés, c’est diabolique magique. De là à installer une pouponnière chez Big-Boss Voyage, il y a un pas que je ne suis pas prête à faire…

Coralie m’a fait promettre de garder le secret. J’étais toute perturbée devant mon mojito (Coralie avait l’air d’une espèce de chose moisie maladive en sirotant son thé) mais je n’ai rien dit. Je vous promets : j’aime tellement qu’on me confie des secrets que je suis vraiment capable de me taire ! Coralie a attendu encore deux semaines pour faire une déclaration officielle à Big-Boss.

Et ni une ni deux, Big-Boss nous convoque, Isa et moi à une réunion off-site. (je traduis : on bouge nos fesses jusqu’à un endroit improbable loin de l’agence pour se concentrer sur un sujet donné). Ça doit encore être un truc de son coach. Pour qu’on puisse laisser exprimer le côté marketing de nos cerveaux (mon dieu, où va-t-il nous trouver ces expressions ?), il nous a donc isolés tous les trois dans une espèce d’hôtel de luxe design avec des salles de réunion trop climatisées à Pernety.

Vous ne savez pas où est Pernety ? Rassurez-vous : personne ne sait où est Pernety ! Je vais vous expliquer : c’est à dache dans le quatorzième arrondissement. On n’y va jamais et on sait pourquoi ! Depuis chez moi, il faut changer 2 fois de métro et terminer par la ligne 13 ! Un cauchemar…

Surtout que Big-Boss nous a dit : « on se retrouve dés 8 heures pour le petit dej là bas… Comme ça, on attaque encore frais ! ». alors moi, je ne suis pas fraiche avant 10h ! C’est ainsi que je me suis levée à 6h15 et que j’ai pris le métro à 7h pétantes pour aller à Pernety (mon Dieu, coment chéri, ce héros interplanétaire, fait-il pour se lever à 3h30 quand il bosse sur le premier vol ?)

Le sujet : comment on s’organise pendant le congé maternité de Coralie ? En intro, Big-Boss nous explique qu’il ne veut pas embaucher. L’hallu ! il a pris des feutres de toutes les couleurs et a calculé en équivalent-plein temps. « on peut s’en sortir ». Comment ? Sonia bascule 100% tourisme avec Amandine et moi, Isa soulage Max aux sociétés, Big-Boss assume les groupes à la place d’Isa. Les chaises musicales…

Sauf qu’ouvrir le comptoir 61 heures par semaines à 3, en ayant la certitude de ne pas laisser une fille toute seule, je ne sais pas faire… même avec les heures supp magiques de Big-Boss.

Je me suis décidée à faire mon coming-out : « j’ai un amoureux qui travaille juste 70 ou 80 heures par mois (même pas la moitié de mon temps de travail à moi) sur un rythme de 6 jours de boulot / 3 jours de congés et je veux passer du temps avec lui… alors les heures supp, ça m’intéresse moins qu’avant ».

C’est comme si j’avais lâché une bombe. Je crois que Big-Boss m’a alors imaginée enceinte… je l’ai vite rassuré… pas question de faire un bébé avec Nico qui est à peine majeur un peu jeune, en CDD et que je ne connais que depuis 2 mois... (enfin, 6 semaines…)

Bref… on a tourné le truc dans tous les sens et ça a donné ça : on n’ouvre plus qu’à 10 heures le matin au lieu de 9h… Sonia ouvre, Amandine et moi bossons en alternance de 10h à 20h ou de 12h à 20h et on prend chacune une journée de récup par semaine en fonction des jours off de Nico.

J’ai arraché une concession à Big-Boss : les filles et moi, on se concentre à fond sur le contact clients mais on embauche un petit contrat de qualif’ ou un espèce de secrétaire pour les bases besognes calculer les cotations, taper les programmes et les mettre en forme.

Sauf que du coup, ça veut dire que de septembre à janvier, on est un très très mal pour les éductours, les formations et les vacances, et qu’il n’est pas question de tomber malade. Et j’ai déjà écrit « vacances » sur l’ensemble du mois de février 2013 pour m'en remettre ! Comme sur les deux prochaines semaines d’ailleurs… je vous donne rendez-vous le 9 mai. Si vous êtes sages, je vous enverrai des cartes postales de Jordanie et d’Israël ! et qu’on ne me parle pas d’enfant d’ici là…